Article about the DCA project - published in ARGOSMAGAZINE


In te April-June 2012 issue of ARGOSMAGAZINE, an article about argos' participation in the DCA project (and the project in general) was featured. In the framework of DCA, argos selected amongst other works by Orla Barry, Manon de Boer, Vincent Meessen, Hans Op de Beeck and Joëlle Tuerlinckx to be digitised. In the article, three significant Belgian audiovisual works are highlighted: 'Televessel' by Joëlle de la Casinière (1985), 'Determination (4)' by Hans Op de Beeck (1998) and 'James Ensor in Oostende ca 1920' by Guillaume Bijl (2000).

Auteur: Sofie Ruysseveldt

Digitising Contemporary Art (DCA) est un projet de numérisation consacré à l’art contemporain de l’après-guerre. Le projet a été lancé en janvier 2011 et s’achèvera le 30 juin 2013. Durant cette période de 30 mois, DCA vise à réaliser la reproduction numérique en haute qualité de 26.921 œuvres d’art contemporain – peintures, photographies, sculptures, installations, vidéos – ainsi que de 1.857 documents contextuels, et les mettra à disposition du public sur le portail Europeana. Le contenu proposé, regroupant notamment les chefs d’œuvre d’artistes incontournables de la plupart des pays européens, comblera une lacune du catalogue d’Europeana, dans lequel l’art contemporain est encore largement absent.

Europeana.eu [1] est un portail de la Commission européenne permettant aux internautes d’explorer le patrimoine culturel européen (numérisé) dans les musées, archives, bibliothèques et collections audiovisuelles. Le site a été lancé en novembre 2008 et répertorie actuellement quinze millions d’objets provenant de plus de 1.500 institutions du patrimoine culturel d’Europe. Le projet DCA est soutenu par la Commission européenne dans le cadre du CIP-ICT Policy Support Programme, Theme 2: Digital Libraries, Objective 2.3: Digitising Content for Europeana (Pilot type B) [2].

Le consortium DCA réunit 25 partenaires de 12 pays européens, dont 10 pays membres de l’UE et deux pays associés au ICT-PSP (la Croatie et l’Islande). Les partenaires du consortium proviennent autant du secteur public que du secteur privé. Le coordinateur du projet est PACKED [3] (Bruxelles), une asbl fondée en 2005 par Argos, le S.M.A.K. (Gand) et le M HKA (Anvers), en collaboration avec le Musée Dhondt-Dhaenens (Deurle), comme plate-forme d’archivage et de préservation de l’art audiovisuel. Depuis 2011, l’asbl PACKED est reconnue par les autorités flamandes en tant que centre d’expertise pour le patrimoine culturel numérique.

Les partenaires techniques du projet DCA sont NTUA – National Technical University of Athens, Multimedia Lab UGent – iMinds (Gand) et Ubitech – Ubiquitous Intelligent Technical Solutions (Athènes). Leur rôle est de soutenir les partenaires chargés du contenu en gérant et enrichissant les métadonnées, mais aussi en réunissant les contenus pour les mettre en ligne sur Europeana. Parmi les 21 partenaires fournissant la matière, figurent les institutions et organes les plus divers. Les musées et institutions artistiques belges participant au projet DCA aux côtés d’Argos sont le MAC’s - Musée des Arts Contemporains de la Communauté française de Belgique (Grand-Hornu), Mu.ZEE (Ostende) et les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (Bruxelles).

L’objectif de DCA est d’améliorer l’accès à l’art contemporain, et sa compréhension, par le biais de la numérisation et la livraison de contenus numériques à Europeana. La numérisation réalise non seulement des reproductions numériques, mais les rend de plus accessibles à un public mondial, tout en offrant un cadre pour la conservation à long terme. DCA entend ainsi contribuer à une meilleure prise de conscience de la numérisation et profiler la plate-forme Europeana dans le paysage muséal international.

En termes de méthodologie, le projet DCA souhaite utiliser autant que possible les solutions existantes. Cela signifie notamment une standardisation des normes concernant les métadonnées, l’utilisation de technologies courantes de numérisation et d’agrégation, ainsi que l’utilisation des résultats d’autres projets européens autour du patrimoine culturel tels que MINERVA (spécifications techniques), ATHENA (LIDO mapping tool & plate-forme d’encodage), GAMA [4] (hébergement de fichiers vidéo) et Inside Installations (spécifications de documentation d’installations d’art contemporain). Afin de soutenir des futurs projets similaires, DCA se chargera de publier des directives et une documentation consacrées à la recherche des meilleures pratiques liées à la numérisation de l’art contemporain.

Dans le cadre du projet DCA, Argos numérisera environ 670 films et vidéos d’artistes qui n’existent actuellement que sur pellicule et supports magnétiques (U-Matic, Betacam SP, VHS, …). Avec près de 4.000 titres de films et de vidéos, Argos gère la plus grande collection d’art audiovisuel sur supports magnétiques et numériques de Belgique. Argos s’appuie pour cela sur une politique de collection active. Au cours de la dernière décennie, Argos est parvenu à réaliser un panorama presque complet de la production artistique nationale, et à bâtir une collection unique et représentative. Les diverses initiatives et actions prises au cours des dernières années ont permis de garantir l’avenir de la collection audiovisuelle. Des œuvres risquent de se perdre en raison de leur composition chimique, de la fragilité de leur support, ou du vieillissement du matériel audiovisuel. Une grande partie de la collection a déjà été conservée dans un format de stockage numérique durable. La première phase de conservation consistait à transférer autant que possible des œuvres en format vidéo analogue sur un format de Betacam digitale. Etant donné que l’évolution technologique actuelle permet d’archiver des fichiers numériques plutôt que de les stocker en format vidéo analogue ou numérique, Argos passe actuellement à une deuxième phase de conservation, qui consiste à stocker des fichiers numériques décomprimés sur un serveur.

Argos se trouve à présent dans une phase de transition, sa pratique de préservation évoluant de la dépendance de supports physiques vers une préservation sur base de fichiers numériques. On assiste donc à un glissement de la conservation de vidéos à une conservation de données. Outre la numérisation du matériel audiovisuel analogique menacé de destruction, Argos développe et met en place des stratégies de conservation à long terme pour la préservation du matériel audiovisuel digital-reborn (numérisé) et digital-born (numérique). Argos mène une politique de préservation active en effectuant régulièrement des transferts vers d’autres supports et formats, en développant et entretenant une infrastructure de stockage compatible et intacte, en réalisant une description correcte de la collection, ou encore en assurant des contrôles de qualité, etc., et ce toujours en respectant les normes internationales. Anticipant sans cesse sur les évolutions technologiques, cette politique est constamment évaluée et corrigée.

Pour plus d’informations sur le projet Digitising Contemporary Art : http://www.digitisingcontemporaryart.eu.

Trois exemples belges issus du DCA

Dans le cadre du projet DCA, Argos a sélectionné, entre autres, des œuvres d’art d’Orla Barry, Manon de Boer, Vincent Meessen, Hans Op de Beeck et Joëlle Tuerlinckx. Nous commenterons brièvement trois œuvres belges significatives. 

Joëlle de La Casinière, Televessel, 1985, vidéo, 140’, en langue française.

Les vidéos produites dans les années 80 par Joëlle de La Casinière et le Montfaucon Research Center déconstruisent l’idole télévision en la faisant s'interroger avec une outrance ironique sur elle-même, son imagerie, ses implications sociologiques, sa généalogie, sur la perception et les analogies religieuses. Elles puisent souvent dans les thèses de Marshall McLuhan, qui examinent non pas le contenu, mais les effets de la forme, la télévision, et les traduisent sous une forme visuelle. Les films multimédias du Montfaucon Research Center transforment les articulations linguistiques des théories de McLuhan en images télévisées introspectives. Les vidéos sont des ‘productions artistiques totales’ (Gesamtkunstwerke) qui manient l’image, la musique, le langage parlé, l’écriture et le chant, autant de systèmes sémiotiques utilisés aussi à la télévision.

Televessel est une œuvre télévisée classifiée (dans le sens voulu par Georges Perec) et une tentative initiallement rationnelle d’esthétique de la télévision. Basée sur une typologie d’hommes-troncs et de têtes parlantes, ce petit écran envahissant a composé une immense œuvre musicale, un ‘oratorio’ au caractère marqué d’œuvre sacrée. Televessel est un ouvrage d’édition, et le matériel brut est enregistré sur base de certains critères : différents types de têtes parlantes, extraits de bandes dessinées sans personnages, messages publicitaires, etc. Televessel est une œuvre bâtie sur une partition musicale, elle-même composée spécialement pour l’œuvre et simultanément à l’œuvre. Enfin, Televessel contient une multitude de signes, d’écrits, de graphiques qui semblent prendre possession de la télévision.

Hans Op de Beeck, Determination (4), 1998, vidéo, 7’45”, muet.

Cette œuvre vidéo de Hans Op de Beeck est une œuvre de jeunesse, mais contient une série d’éléments formels que l'on retrouve dans ses créations ultérieures – à savoir notre mode de vie, ou la façon dont nous appréhendons l’espace, le temps et autrui... . Elle laisse également percer le subtil cocktail d’ironie, d’absurdité et de mélancolie caractéristique du langage esthétique qui a fait sa renommée mondiale. Determination (4) fait partie d’une série de petites œuvres vidéo qui forment une étude sur la manière dont notre environnement peut nous marquer, mais aussi sur l’éloquence potentielle du regard, sur le passage du temps et sur l'influence que la technique de filmage utilisée peut avoir sur la perception du temps. Se présentant comme une installation en boucle, la vidéo est projetée grandeur nature sur le mur, de telle sorte que le bas de l’image touche le sol. Tout se passe ainsi comme si la famille marchait sur le sol. Filmée avec une caméra fixe, la vidéo montre un père, une mère et deux filles au pas de course, une fois rapidement et avec agitation, une autre fois au ralenti, manifestement en proie à l’ennui. De temps en temps, les parents soulèvent les enfants. Où va cette famille? Doit-elle prendre un train ? En même temps, les protagonistes courent sur place, vers un point fictif qu’ils n’atteindront jamais, provoquant une sensation de vide exacerbée par l’absence de bande-son. Cette situation évoque une urgence aux confins du stress, de la panique et de la fatigue. Op de Beeck a filmé ses acteurs en temps réel : ils courent concrètement huit minutes sur un tapis roulant. Dans cette perspective, Determination se situe dans la tradition des portraits de Rineke Dijkstra, ou encore de la célèbre série de photos de Roni Horn You Are the Weather (1994-95) qui révèlent, à travers l’expression et la posture des sujets, des conditions externes à la prise de vue. Cette œuvre dessine surtout une métaphore simple mais extrêmement puissante de l’existence humaine, dans une société occidentale moderne où l’économie semble contraindre l’homme à utiliser son temps de manière rationnelle et ciblée.

Guillaume Bijl, James Ensor in Oostende ca 1920, 2000, vidéo, 2’20”, muet.
Chris Straetling, The making of… ‘James Ensor’, 2000, vidéo, 60’, en langue néerlandaise.


L’œuvre singulière et visionnaire de James Ensor (1860-1949), avec ses mascarades, ses scènes de carnaval et ses persiflages grotesques, est difficile à cataloguer. Le peintre entretenait des liens étroits avec sa ville natale d’Ostende, qui lui inspira d’ailleurs quantité de toiles. À l’occasion de l’année Ensor en 2000, le plasticien Guillaume Bijl réalisait un court-métrage documentaire fictif. James Ensor in Oostende ca 1920 montre le peintre et ses amis dans la ville balnéaire. Ils boivent, se promènent dans les galeries du Palais des Thermes, sont assis sur la page... . Le choix minutieux des sites, les tenues Belle Epoque, jusque dans les tenues de plage, l’imitation réussie d’un tournage cinématographique légèrement syncopé d’images noir et blanc, ainsi que la patine et les rayures parfaitement reproduites sur l’émulsion de la pellicule aboutissent à une parfaite réplique : une bobine apparemment égarée de la période du cinéma muet. Bijl documente lui-même cette véritable tranche de temps, qui constitue une de ses rares incursions dans le cinéma et la vidéo, dans son volume de ‘tourisme culturel’ dans lequel il vulgarise des sujets historiques et culturels, et les transforme en clichés à l’usage du grand public. The making of… ‘James Ensor’ de Chris Straetling, qui tient dans le film de Bijl le rôle d’un des compagnons d’Ensor, documente le processus de réalisation de la capsule de temps de Bijl.


Annotations

[1] http://www.europeana.eu/portal/
[2] http://ec.europa.eu/information_society/activities/ict_psp/about/index_en.htm
[3] http://www.packed.be
[4] Argos est partenaire de GAMA (Gateway to Archives of Media Art), un portail en ligne pour l’art médiatique en Europe, soutenu par le programme eContentplus de la Communauté européenne (http://www.gama-gateway.eu). GAMA fonctionne aussi au sein de DCA comme un « agrégateur » thématique. Les agrégateurs jouent le rôle de carrefours numériques pour les informations et les liens vers des objets numériques. Ils rassemblent les métadonnées des fournisseurs de contenu et les mettent à disposition d’Europeana.

Photos :

[1] Joëlle de La Casinière, Televessel, 1985. Tous droits réservés par l'artiste.
[2] Hans Op de Beeck, Determination (4), 1998. Tous droits réservés par l'artiste.
[3] Guillaume Bijl, James Ensor in Oostende ca 1920, 2000. Tous droits réservés par l'artiste.


Source : ARGOSMAGAZINE N°05 APR – JUN 2012, p. 35-38. Click here to download the full article (as PDF). Language: French


Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike 3.0 Unported License /  Privacy /